Dans un mois commenceront des épreuves d’une très grande importance pour les lycéens français et particulièrement… pour les lycéens chinois !

Considéré comme l’un des examens les plus difficiles au monde, le Gaokao, issu des concours impériaux des anciennes dynasties chinoises, est un mix entre notre baccalauréat français et un grand concours d’entrée dans une école élitiste. Le principe est d’obtenir le meilleur classement à l’issue des épreuves pour pouvoir choisir une excellente université.

Comme en France, l’examen a lieu en juin. Albert Camus disait dans La peste : « Les chaleurs commencèrent. On arrivait à la fin du mois de juin. » On pourrait imaginer qu’en Chine, les lycéens se disent « Les chaleurs commencèrent. On arrivait au jour du Gaokao. »

Quelle est l’expérience du Gaokao pour les Chinois dont le souvenir est mélangé entre larmes et sourires ?

Qu’est-ce que le Gaokao ?

Le Gaokao (高考 gāo kǎo en pinyin) est l’abréviation pour « Concours national d’entrée d’éducation supérieur » (普通高等学校招生全国统一考试 pǔ tōng gāo děng xué xiào zhāo shēng quán guó tǒng yī kǎo shì).

Ce concours du lycée, mis en place dans les années 50, a lieu pendant deux ou trois jours, d’une durée de neuf heures au total. Il porte sur 3 disciplines obligatoires (chinois, anglais et maths) et une au choix (scientifique ou littéraire), le tout sur un total de 750 points.

C’est donc un concours national qui sélectionne les lycéens en fonction « uniquement » de la note finale obtenue. Cette note a une importance capitale puisqu’elle est censée orienter le reste de la vie professionnelle du candidat (一考定终身 yì kǎo dìng zhōng shēn). Autant dire que la pression est énorme tellement l’enjeu pour l’avenir de l’adolescent est présenté comme vital.

D’où vient cette pression ?

1) L’insuffisance d’université de bonne qualité

Le gāo kǎo est censé être un concours qui détermine le reste de la vie de l’élève. Comme il existe un grand écart dans la qualité de formation entre les différentes universités en Chine, chaque candidat s’efforce alors à faire le maximum afin d’obtenir l’entrée dans une université d’élite.

Pour renforcer cet enjeu, il faut savoir que ces universités ne représentent que 5% de l’ensemble des universités en Chine. Selon les données de Sina Corp, en 2012, il n’y a que 7% des lycéens qui ont été admis par ces universités de performance.

La différence principale entre les bonnes universités et les universités considérées comme de  « qualité inférieure » est liée à l’investissement accordé par l’État, sachant que 90% des universités sont publiques mais que l’Etat investit davantage dans les universités d’excellence, créant par conséquent un déséquilibre de répartition des ressources encore plus grand entre les universités.

2) Le critère unique de résultat final

Comme tout concours, le seul critère d’évaluation est la note finale. Autrement dit, cette note finale est la seule clé d’entrée à l’université. Une exigence de réussite qui engendre souvent peur et angoisses pour le candidat mais aussi pour les parents. Bien que ce mode d’évaluation subisse beaucoup de critiques depuis ces trente dernières années, le Gaokao permet à tous les candidats d’avoir une même possibilité de continuer leurs études supérieures, en sélectionnant les futurs étudiants en fonction de leurs connaissances et compétences, riches ou pauvres… une manière de lutter contre l’inégalité sociale et de valoriser le système de la « méritocratie ».

Mais compte tenu de l’enjeu « existentiel » de ce concours, force est de constater que les familles pouvant payer certains services pour minimiser le risque d’échec peuvent aider leur enfant : cours particuliers, « nounou » spécialisée pour l’aide matérielle (linge, préparation des repas), location de chambres d’hôtels à proximité, centres de révision anti-amusement…

Ainsi, même si l’égal accès aux études supérieures est bien garanti, il faut toutefois prendre en compte le déséquilibre économique et social entre la ville et la campagne, ou encore celui entre les régions de l’est et celles de l’ouest de la Chine, inégalités que l’évaluation d’une note finale ne peut connaître.

3) L’exigence de réussite scolaire

La réussite scolaire en Chine est tout particulièrement assimilée à la réussite de la carrière. Cette exigence est liée à la tradition confucianiste qui considère l’éducation comme une valeur fondamentale.

La politique de l’enfant unique (1979 à 2015) n’a fait qu’accentuer cette pression de réussite sociale, les lycéens faisant alors le maximum pour ne pas décevoir les attentes, très grandes, de leurs parents.

Des années de préparation à l’examen

En terminale, il n’y a qu’un seul objectif pour les lycéens chinois. C’est faire des exercices autant que possible et réviser les cours sans cesse afin de réussir l’examen final. Le système chinois éducatif oblige en quelque sorte les élèves à étudier sans relâche comme une machine et ce, depuis leur plus jeune âge, avec une discipline très stricte et un programme très chargé.

Généralement, les lycéens qui sont logés au sein de l’établissement se lèvent à 7h du matin. Les cours durent 8 heures au total. Lorsque le soir tombe, il y a encore environ 3 heures à consacrer pour l’étude individuelle.

Un très bon souvenir

Malgré ces années de sacrifice et d’investissement, il en ressort que la dernière année du lycée pour la plupart des élèves chinois reste un souvenir très précieux. Lorsqu’ils sont jeunes, ils sont tellement déterminés pour poursuivre leurs rêves en étudiant intensément qu’ils arrivent à surmonter tous types de difficultés. Ainsi, si on réussit à gérer le stress et la répartition du temps au lycée, cela donne des capacités très importantes pour affronter la vie d’adulte.

Sans oublier que pendant cette année de préparation à  l’examen, les élèves se réunissent toujours pour s’entraider. L’amitié qui est née de ces épreuves est renforcée par les encouragements réciproques.

Après le gāo kǎo, on disait souvent qu’on oubliait complètement les cours mais jamais le moment où nos amis nous encourageaient pour surmonter les difficultés.